Photo Marie Duval - "Nicolas Hulot ou le bourdon incertain"

Photo Marie Duval - "Nicolas Hulot ou le bourdon incertain"

- EXPO MARIE DUVAL -

"Spring announce Summer"

GAÏA, LA TERRE

A tous les petits et les grands...

C’est une histoire que beaucoup de grands ne savent pas. Un secret. Un secret qu’il faut dire à tout le monde ! Tous les grands et tous les petits... Car il y a toujours un petit dans un grand, même et surtout s’il ne le sait pas.

Ça se passe sur une planète. Des planètes, il y en a beaucoup. Tant et tant que l’on ne sait pas combien.

Une planète c’est rond. A peu près. Comme un vieux ballon avec lequel on a un peu trop joué. Ratatiné, avec des bosses, mais rond quand même. Avant, il y a bien longtemps, on croyait que la terre c’était plat... comme une galette.

Un homme avait bien dit le contraire, mais comme il était seul à l’affirmer, on l’avait traité de vieux fou. C’était quand on ne savait pas encore. Bien plus tard, un cosmonaute est monté là-haut dans un avion-sou- coupe en forme de suppositoire et on a su ce qu’on devinait déjà : les planètes étaient rondes. Le cos- monaute a rapporté plein de choses de la lune : des échantillons de cailloux, de la poussière d’étoiles...

Un jour, bientôt, tu pourras toi aussi aller sur la lune et tu verras tout cela de tes propres yeux. Aussi, garde-les toujours bien ouverts...

La terre, notre planète, ressemble à beaucoup d’autres planètes. La nôtre est bleue. Les Anciens l’appelaient... Gaïa.

Chaque planète a sa propre couleur et des cou- leurs, il peut en exister des milliers. Nous, on a de la chance car sur la nôtre il y a de l’eau. Si elle était toute sèche, on ne serait pas nés. Avant, il y a fort longtemps, nous vivions tous dans l’eau, nus comme des vers. C’est une expression de grands qui signi- fie qu’on n’a pas besoin d’habits. Forcément, dans l’eau !

Pour vivre, la terre a besoin d’eau et d’air. Nous aussi : on a soif, on doit respirer, on fait du feu pour cuire les carottes qui elles ont poussé dans la terre. Les carottes crues, ce n’est pas mauvais non plus, mais un jour un homme en peau de bête a frotté deux roches l’une contre l’autre, et ça a fait des étincelles. Un peu trop près... et sa peau de bête a brûlé. De- puis, on ne tue plus les bêtes pour s’habiller et on peut manger les carottes cuites. Enfin, c’est presque ça sans que cela le soit tout à fait. Toujours est-il que le feu, lui, était né.

Il existe également beaucoup de choses dans l’in- visible. Du gaz, des ondes pour écouter la radio et des chemins pour les oiseaux à travers les nuages. L’homme ne sait pas encore vraiment voir le monde de l’invisible. Parfois, un enfant, ou alors un homme avec un cœur d’enfant, ou bien encore les chats, savent capter la vie au-delà de la matière.

La terre a un noyau. C’est un peu comme un cerveau. Le noyau est un gros aimant qui sert à nous tenir debout. Sans quoi, on tomberait dans le ciel.

Alors l’aimant nous rattrape ...

... avant qu’on ne chavire dans le vide. Mais on ne s’en rend pas compte, car elle n’est pas bête la terre. Elle tourne et se cache derrière son ami le soleil. Et pendant ce temps-là nous on est dans la lune. C’est dire si elle nous aime la terre !

Au milieu de la terre, autour du noyau, il y a une sorte de bouillie très chaude et d’un rouge formi- dable. On appelle ça du magma. Pour protéger la terre, il y a une croûte. Comme notre peau. Mais par endroits, il y a des bosses sur la croûte. Quand il fait un peu trop chaud au milieu du globe, ça éclate : BING... BANG !! Et même plus fort que ça !... La bouillie rouge se met alors à jaillir à toute vitesse des entrailles de la terre. C’est un volcan, telle une montagne en colère. C’est un peu comme un bou- ton quand un moustique vous pique sur le nez. Et Zac ! D’un coup. On n’a pas eu le temps de le voir venir. Le volcan, pas question de lui mettre un pan- sement, il enverrait tout balader. Alors, on attend. Il se calme tout seul. Ca n’a pas bon caractère un vol- can ! Mais on l’aime bien quand même car les cou- leurs qui sortent de sa bouche sont magnifiques. Il y a du rouge flamboyant, de l’orange tout chaud, du carmin, du vermillon... Des couleurs qu’on ne voit pas partout. Parfois, le volcan fait irruption sous la mer. La bouillie rouge se met alors à gicler d’un jet du fond de l’eau et vient se mélanger avec les vagues jusqu’à la surface. Il faut voir ça ! Un spectacle fabu- leux. Les poissons, eux, se faufilent entre les vagues à tire-d’aile. Il faut dire que l’eau est un peu chaude dans les parages !

Tout ça pour te dire que la terre et nous c’est pa- reil. Absolument pareil !

En moins rond bien sûr !

Un homme respire, bouge, chante. La terre, le so- leil,... tous les astres, émettent des sons et chantent.

Seulement voilà, on fait souvent tellement de bruit qu’on n’entend plus rien d’essentiel.

Chaque homme est une petite planète à lui tout seul. Et tous les hommes forment un grand tout. Chaque être est comme une petite partie de l’univers. Pour les animaux, les plantes et tout ce qui existe, c’est identique. Car tout vit, même ce qui semble sans vie. C’est dire l’importance de chaque chose.

Sur la terre, il y a nous. Et dans nous, il y a aussi plein de petites planètes : ce sont des cellules, avec un noyau, le plasma, et une peau tout autour. Les cellules prennent soin de notre santé. Elles doivent toujours être en pleine forme. C’est pour cela qu’on leur donne la meilleure nourriture, l’eau la plus pure, sans quoi on rabougrit vite fait.

De grands savants, qui sont parfois aussi des poètes, ont découvert que dans chaque cellule — et tu penses bien qu’il y en a des milliards — il y a le monde entier représenté en tout petit, en microsco- pique. Eh oui ! Car le monde est un hologramme. ça c’est une trouvaille ! La révolution des idées.

Lorsqu’on est en pleine forme, on peut s’amuser à l’ombre d’un arbre qui dort au soleil, ou cultiver des fleurs, aller à l’école en chantonnant, rire avec les copains et faire ce que bon nous semble. Les grands, eux, pendant ce temps donnent des graines à manger à la terre et elle, elle nous fabrique du pain avec du blé. Ils rient aussi parfois, bien qu’en vieillissant, ils rigolent moins souvent. Peut-être parce qu’ils ont perdu leur âme d’enfant. Pourtant, c’est simple, magique et fantastique. C’est la vie quoi !

Sur la terre, circule une multitude de rivières pour irriguer le monde. Notre corps, qui fait tout comme la terre, a besoin d’eau en réserve, car sans eau, il serait comme une vieille pomme ratatinée. Nous sommes à l’image de la terre, notre mère, et nous les hommes, nous avons aussi nos propres rivières. Ce sont des vaisseaux. Sur la peau, ça fait des routes bleues, mais dedans, l’eau elle est rouge : c’est du sang. C’est très important le sang, car si on en perd beaucoup, on ne peut plus vivre. Sauf, si un autre homme nous en donne un peu. Il faut réussir à trouver le bon bonhomme au bon moment car tous les sangs, bizarrement, ne peuvent pas se mélanger. Mais si tout se passe bien, regonflé à bloc, avec notre nouveau sang, on peut continuer à rire et à siffloter.

Les forêts, quant à elles, protègent la terre. Les arbres sont les cheveux de la planète. Et si on les lui arrache, elle s’enrhume. Et quand elle éternue, ça fait des dégâts. Tout le monde est secoué ; de vé- ritables cataclysmes. Certains hommes veulent dé- raciner les arbres, tuer les forêts. Oui ! Ils tirent la terre par les cheveux. Ca lui fait très mal. Elle crie, la terre. Ils n’en ont que faire. Ils continuent. On di- rait que personne ne veut l’entendre pleurer, la terre. Mais... les enfants ne les laisseront pas faire. Car ils savent, eux ! Ils savent que sans arbre, on devient mort.

Les arbres, ils nous fabriquent de l’oxygène. C’est de l’air pur. Ils récupèrent notre vieil air qui nous a servi pour marcher et faire du vélo et ils nous en refont du neuf. En plus, sans chevelure, la terre, elle aura l’air d’un vieux crâne chauve avec des bosses. Et puis nous là-dessus, on aura froid. Forcément ! Et après, qui est-ce qui lui tricotera un bonnet à la terre ? Personne. Il n’y aura jamais assez de laine. Et puis, sans arbres, il n’y aura plus d’oiseaux, plus d’écureuils... Il n’y aura plus rien. Un désert glacé. Voilà ce qui finira par arriver !...

Parce que le soleil, lui, sans arbres et sans oiseaux,

il ne voudra pas rester.

Il trouvera que c’est trop triste. Il a besoin d’entendre chanter. ça donne de la force,

une chanson !

Ces hommes-là, ceux qui cassent les forêts, on di- rait qu’ils ne savent rien. Alors, les enfants ont appris les lettres. Et tous ils vont écrire. Au Président de la République, aux écologistes pour qu’ils avancent en- core plus vite, aux chasseurs de tous poils − et même à ceux qui ont des cervelles d’oiseau. Et ils vont leur dire. En rouge et en majuscules !... car on dirait qu’ils ne voient pas bien clair, ces bonhommes-là, ceux qui tuent les forêts et les animaux qui y habitent. Ils vont leur dire les quatre vérités ! Certains en- fants proposent même de faire une collecte de pièces jaunes pour leur acheter des lunettes. Ils leur diront qu’il faut planter des arbres et ne plus faire de mal à la Terre à tout bout de champ.

Dans les villes, c’est pareil. L’air qu’on respire, il doit être propre. Même les vaches attraperaient des allergies si elles se promenaient sur les trottoirs. Les vaches mangent de l’herbe vert foncé et respirent de l’air transparent. Elles ne sont pas folles les vaches ! Un arbre, ça vit beaucoup plus vieux qu’une vache. Ca met aussi bien plus de temps à grandir. Il faut plusieurs vies de vaches pour devenir un bon grand arbre. Ca paraît pas tout ça !

Bon ! Et si on allait manger une poignée de ce- rises... Comme ça, on verrait bien que tout ça, c’est rond, avec un noyau, de la chair et une peau autour. A condition de ne pas les croquer trop vite et de ne pas avaler le noyau !

Et voilà, la Terre est notre mère. A tous. Et avant, la Terre était la mer. Et c’est pour ça que les élé- phants ont une trompe. Quand toutes les espèces vi- vaient dans l’eau, à l’époque où toute la Terre était inondée, la trompe, aux éléphants, elle leur servait de tuba pour respirer. Et peut-être l’utilisaient-ils aussi comme périscope ! Ca, les savants ne le disent pas.

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Un dernier secret !... As-tu déjà pensé à écouter ton souffle quand tu respires fort par le nez dans le silence ? Tu entendras le ressac de la mer, son flux et son reflux. Car comme la mer et la Terre, nous respirons. A l’unisson. Si possible. Car tout avance et tourne sur le même rythme. En chœur. C’est simple. C’est l’harmonie du grand et du petit.

Et s’il t’arrive de pleurer de joie devant tant de beauté, goûte tes larmes. Tu verras qu’elles ont gardé le parfum de la mer, du temps où tous les êtres y habitaient. C’est la mémoire de l’eau... Filet d’eau salée qui devient goutte sur ta joue. Une goutte qui nous rappelle Gaïa. Gaïa la ronde.

Et l’amour est-ce que c’est rond ? Ben forcé- ment !!! Sinon, on aurait tous des têtes au carré... comme les robots dans les boîtes de Lego !


Extrait du Livre "L'enfant en soi" de Marie Duval

Photo Marie Duval - L'abeille voilée aux yeux du monde"

Photo Marie Duval - L'abeille voilée aux yeux du monde"

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